J’ai commencé le taekwondo à l’âge de 16 ans. Je me promenais dans les allées du forum des associations et j’ai vu le stand de taekwondo, avec les flyers et des belles affiches de coups de pieds sautés. J’étais avec mon frère cadet, et nous avons tout de suite été très enthousiastes quant à l’idée d’essayer cet art martial. Le Taekwondo était un art mystérieux pour nous. A l’époque, on connaissait surtout le karaté, le judo ou encore l’aïkido. Le Taekwondo c’était seulement dans les films ou les jeux vidéos de combat pour nous.
Nous avons donc décidé de franchir le pas du dojang, et de venir à la rencontre de cet art martial. Et de faire aussi la rencontre de notre Maître Patrice Gicquel.
Passionné par les films d’arts martiaux et de combats, j’avais toujours eu envie de pratiquer un art martial à la fois puissant, efficace et esthétique dans ses mouvements. Je ne retrouvais pas cela dans le karaté par exemple. Et puis, ayant grandi à côté d’une cité, j’ai souvent été confronté à de la délinquance et parfois subi du racket. C’était ici le lieu où j’allais prendre confiance en moi et apprendre à me défendre. Toutes ces raisons m’ont donné envie de commencer le Taekwondo et ceci même si j’avais déjà 16 ans. Mes préjugés sur l’âge pour débuter la pratique ont été balayé en arrivant dans le dojang, où je trouvais des débutants de tous les âges, et de tous sexes.
Les premiers cours étaient durs, rigoureux, voir même épuisants. J’avais la chance de commencer la pratique avec de nombreux autres jeunes de mon âge, qui étaient là pour les mêmes raisons, et c’était une époque formidable. Notre pratique ne s’arrêtait pas au dojang. On allait dans la forêt, dans la rue, même en plein hiver ! Une anecdote me vient à l’esprit.
Pour palier aux intempéries, nous avions trouvé un lieu secret et interdit, une sorte de petit temple au milieu d’un cimetière municipal. Il fallait grimper le grillage pour s’y réfugier et s’entraîner. Une fois, tandis qu’on s’exerçait, on a reçu la visite d’un groupe d’hommes habillés en civil, et équipé de grosses lampes torches. Ils commencent à nous fouiller et nous poser des questions. On comprend que c’est la BAC. Heureusement, on se filmait avec un petit caméscope et on a pu leur prouver qu’on s’entraînait aux arts martiaux et qu’on ne se droguait pas !
Grâce à l’enseignement de Maître Patrice Gicquel, on était très vite tombé amoureux du Taekwondo et cela tournait à une obsession. Nous voulions progresser vite et chaque coup appris était mis en oeuvre dans nos courts métrages d’actions !
Le Taekwondo a joué un grand rôle dans la formation de ma personnalité et de mon rapport au monde. Au-delà de l’aspect martial pur, nous avons intégré une famille avec des traditions et des valeurs.
Taekwondo veut dire la voie des poings et des pieds, mais le Do est tout aussi important que les techniques transmises. Pour nous, cela commençait avec notre Maître, et s’est étendu ensuite à travers le Maître de notre Maître, le grand monsieur du Taekwondo Lee Kwan Young. pionnier du taekwondo en France, nous avons eu la chance de faire des stages auprès de lui, et j’ai passé ma ceinture noire devant lui.
Les valeurs du Taekwondo traditionnel imprègnent ma vie de tous les jours, elles ont forgé mon mental et m’ont permis de supporter des épreuves de la vie. Elles m’ont aidé à viser le meilleur dans les études, à tenir bon pour finir des projets quand je n’avais plus l’énergie ni l’envie, à garder le sang froid lors de situations explosives…
Il y a un moment très particulier qui me vient à l’esprit. Je travaillais sur la réalisation d’un téléfilm pour la télévision, avec beaucoup d’enjeux financiers et de responsabilités sur mes épaules. Nous étions en plein week end entre deux semaines de tournages très difficiles, qui étaient secoués par
des comportements malsains de la part de certains collaborateurs. J’avais besoin de faire le vide et je suis parti m’entraîner. J’habitais à Paris et il y avait un coin un peu isolé que j’avais trouvé au parc de la Villette. Ce dimanche en fin d’après-midi, je me suis entraîné très dur, comme au dojang. J’ai enchaîné les différents exercices en suivant les enseignements de mon Maître.
En rentrant, j’éprouvais un bien-être et une confiance en moi inégalé. J’ai par la suite envoyé un message à toute l’équipe qui a permis de dénouer de nombreux problèmes et de motiver les troupes pour la suite du projet. Ce soir là, je me souviens avoir eu une grande pensée pour mon Maitre car le savoir qu’il nous avait transmis était inestimable et dépassait de loin le cadre strict du dojang.Haroun Saïfi, 1er Dan, élève de Maître Patrice Gicquel
Le Taekwondo est aussi une école de la vie, où on apprend à être humble et de savoir qu’il y a toujours plus fort que soi, et qu’il faut toujours travailler dur pour s’améliorer dans son art et développer son savoir. Lors du passage de grade de ceinture noire devant Maître Lee Kwan Young, je me souviendrais toute ma vie du dernier combat. C’était un combat à deux contre un.
On est tombé sur un de ses meilleurs élèves. Mon frère et moi nous battions contre lui de toutes nos forces et le constat était terrible : il était impossible de le toucher, voir même de l’effleurer, Il esquivait tous nos coups et j’ai pratiquement atterri dans le radiateur !
J’ai ainsi compris ce jour là que la marge de progression était énorme. Même si on a finalement décroché notre ceinture noire 1er DAN, le chemin de l’apprentissage commençait véritablement à ce moment là. Quand on commence en tant que ceinture blanche, nous avons une fascination pour les ceintures noires.
Une fois que l’on devient 1er DAN, on se sent toujours comme un débutant qui a encore tout à apprendre. Peut-être est-ce là aussi le sens des arts martiaux ? Un cycle, un retour sur soi-même ? Un jour j’ai entendu que le grade suprême (au dessus de 10ème DAN) c’est la ceinture blanche avec une touche de noire. Je vois ici le symbole de l’éternel recommencement, du cercle du Yin et du Yang, et de la philosophie du Do en général. C’est cela ma conception en quelques mots du Taekwondo.